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Profil des instituteurs en formation

Page publiée le 5 avril 2009, mise à jour le 28 février 2011

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Localisation de l’expérimentation IFADEM en Haïti
Source : Wikimedia Commons

Pour sa phase d’expérimentation, IFADEM cible deux des dix départements de Haïti : le Sud (chef-lieu Les Cayes) et le Sud-Est (chef-lieu Jacmel).

Elle a par ailleurs choisi, en concertation avec les autorités haïtiennes, de concentrer son action sur les instituteurs qui ne sont pas passés par les écoles normales mais ont une formation pédagogique minimale. Ces enseignant-e-s, appelés « capistes », sont au 3e échelon dans le plan de classement du Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP) — ce plan compte 5 échelons — avec pour objectif de les faire passer au 4e échelon.

Le parcours de formation IFADEM en Haïti concernera au final un effectif de 502 instituteurs : 202 dans le département du Sud-Est et 300 dans le département du Sud.

Évaluation du niveau en français du public cible

Les mesures de niveau n’étant pas effectuées en Haïti, les instituteurs qui seront formés par IFADEM ont passé le test de connaissance du français (TCF) du Centre international d’études pédagogiques (CIEP), partenaire d’IFADEM. 

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TCF, épreuve écrite
Les instituteurs du Sud-est, juin 2009.

Le test est organisé du 5 au 9 juin 2009. Au total, 367 instituteurs se présentent aux examens.

Le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France et l’Institut français de Port-au-Prince (IFH), s’associent à IFADEM et au Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle pour l’organisation de cette session. Les Alliances françaises de Jacmel et des Cayes , sont homologuées centres d’examens pour l’occasion.

Les examinateurs chargés de faire passer les épreuves orales ont au préalable été formés, le 20 mai à Jacmel pour le département du Sud-Est et le 29 mai aux Cayes pour le département du Sud.

Analyse des résultats

Les résultats bruts de la session haïtienne de TCF (test de connaissance de français) sont analysés par le département d’expertise psychométrique du CIEP (Centre international d’études pédagogiques) qui fournit trois rapports. Le premier porte sur l’ensemble des épreuves, le second concerne spécifiquement les épreuves complémentaires, et le troisième propose une analyse comparative par région [1].

Forts de leur expérience du terrain, l’équipe des rédacteurs de contenus et M. Lionel Martin, expert linguiste pour IFADEM en Haïti proposent une interprétation des résultats. Ils travaillent à partir des documents du CIEP et des copies et enregistrements des candidats.

Le présent document est une synthèse des conclusions formulées à l’issue de ces analyses consécutives.

Résultats généraux en pourcentages
A1A2B1B2C1C2
Compréhension écrite13,4%47,1%33,8%1,4%
Compréhension orale21,3%57,5%14,2%0,3%0,5%
Maitrise des structures de la langue9%29,4%40,6%18,5%1,1%0,3%
Expression écrite7,4%21%49,718,9%2,2%0,5%
Expression orale0,8%9,6%28,7%43,4%15,2%2,3%

Près de 85 % des candidats ont un niveau global compris entre A2 et B1. Pour ce qui concerne les épreuves obligatoires, les candidats ont de meilleurs résultats dans la partie maîtrise des structures de la langue et les résultats les plus faibles sont observés pour la compréhension orale.

En expression orale et écrite les candidats sont principalement situés entre B1 et B2.
On peut noter que le lexique et la morphosyntaxe sont les critères les mieux notés en expression orale, tandis que les critères les plus pénalisants sont l’adéquation des fonctions discursives et l’aisance.
Et en expression écrite, l’adéquation des fonctions discursives pose légèrement plus de problèmes aux candidats pour les premiers exercices. Globalement, on note aussi que le critère de respect des consignes est celui qui révèle le plus de difficultés.

Constats et hypothèses dans l’optique de déploiement du dispositif IFADEM en Haïti :

  • Niveau très faible d’une majorité des instituteurs testés : 73,6% d’entre eux ont un niveau inférieur à B1, niveau que devrait atteindre théoriquement qui enseigne le et en français.

Ce premier point montre avec évidence le très faible niveau d’ensemble des instituteurs testés. Et compte tenu des compétences exigées au niveau A2 on peut supposer qu’ils restent très insuffisants pour couvrir les besoins professionnels d’instituteurs de français, enseignant en français les matières de l’école fondamentale.

  • Niveau acceptable en maîtrise des structures de la langue  : 60,5% des candidats atteignent au moins le niveau B1.

Ce qui s’explique aisément, puisque les méthodes traditionnelles étant le plus souvent utilisées, on consacre dans les classes haïtiennes une large partie du temps à l’apprentissage de la grammaire.

  • Résultats paradoxaux en compréhension et en expression , tant orale qu’écrite, les scores d’expression se révélant supérieurs à ceux de compréhension, ce qui suscite l’interrogation puisque c’est d’ordinaire l’inverse qui est constaté.

Ce constat, relevant d’un cas de figure peu courant, voire très improbable est plus délicat à interpréter. Deux hypothèses peuvent être émises :

    • Hypothèse 1 : la faiblesse des résultats en compréhension peut s’expliquer par la prégnance, dans les épreuves, d’aspects culturels.

Par exemple :
La forme des enregistrements à laquelle les candidats ne sont pas habitués ;
Les contenus thématiques mis en œuvre dans les supports des tests (et qui relèvent beaucoup plus du français langue étrangère que du français langue seconde) ;
La vitesse d’exécution requise de la part des candidats.

Dans cette hypothèse, la compréhension serait sous-estimée, le niveau « normal » étant celui de l’expression.

    • Hypothèse 2 : la relative qualité de l’expression peut s’expliquer par la surévaluation des prestations des candidats.

C’est en effet ce que fait apparaître un examen attentif des copies et des enregistrements : nombre de copies sont apparues incompréhensibles, nombre d’enregistrements inintelligibles. De toute évidence, certains résultats relativement bien notés sont très éloignés des compétences exigibles d’un instituteur de français ; et, contrairement aux examinateurs, les élèves sont sans doute incapables d’user des stratégies de coopération attendues d’un francophone natif face à un étranger de niveau A2 ou B1.

Cette seconde hypothèse est corroborée par les résultats d’une enquête menée par l’IHFOSED (Institut Haïtien de Formation en Sciences de l’Éducation) en 2008 auprès de quelque 1000 instituteurs, et qui montre que 95% de ces derniers ne dépassent pas, en français, le niveau A2 du CECR.

Retenir la seconde hypothèse conduit donc à revoir fortement à la baisse le niveau global des résultats du TCF. Le pourcentage des instituteurs testés n’atteignant pas le niveau B1 – et donc mal habilités à enseigner le et en français – est vraisemblablement bien supérieur aux 73,6% enregistrés par le CIEP.

Notes

[1] NB : Le CIEP se base sur les niveaux du Cadre européen commun de référence pour la conception des tests et l’évaluation des candidats. Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) est un instrument publié par le Conseil de l’Europe 2001, qui définit des niveaux de maîtrise d’une langue étrangère en fonction de savoir-faire dans différents domaines de compétence. Ces niveaux s’imposent actuellement comme la référence dans le domaine de l’apprentissage et de l’enseignement des langues.

Les six niveaux du CECR :
A1 / A2 : utilisateur élémentaire
B1 / B2 : utilisateur indépendant
C1 / C2 : utilisateur expérimenté


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